Je me souviens de certaines périodes.
Des jeux dans mon jardin, avec un gamin blond, où j'étais un jour une indienne, un jour une ermite, un jour la gardienne d'une île fantastique, un jour une instructrice pour enfants de militaires. Lui était toujours le même, le commandant Yann, et puis tous les autres personnages.
Je me souviens de ces journées chez moi, on finissait toujours par se taper dessus, et quand les parents disaient on y va, j'allais voir son père, il allait voir le mien, et on demandait s'il pouvait rester dormir.
Je me souviens de la fois où on s'étaient déguisés en indiens, les traces de feutres avaient mis deux semaines à disparaître.
Je me souviens d'un appartement, 15e étage, j'avais peur de l'ascenseur, on jouait en réseau à Age Of Empires pendant des heures.
Je me souviens d'un autre gamin blond, loin, très loin. Autrefois, une journée entière en voiture, j'avais l'impression qu'on partait au bout du monde, mais non, on traversait juste la France. les nuits presque blanches, où on se racontaient des exploits inventés, persuadé que l'autre y croyait dur comme fer, parce que nous on y croyait presque. Ces nuits blanches où je finissais toujours par m'endormir, et lui à me suivre peu après. Le petit-fils de la voisine venait nous rejoindre parfois, et on jouait aux aventuriers du passé dans le jardin, derrière la grande haie, près de la balançoire.
Je me souviens quand la chatte du voisin avait eu des petits, qu'il nous avait demandé de venir, il les avait baptisé, et j'étais la marraine et lui le parrain.
Je me souviens de tout ce qu'il me racontait et que j'avalais sans broncher : le lit pliant sur lequel je dormait allait se refermer et m'étouffer dans la nuit, il y a un cimetière sous la maison des grands parents, l'araignée en plastique (qui me terrorisait) s'éveillait la nuit et viendrais me dévorer...
Je me souviens de nos leçons de skateboard, de plongeons, de natation, de rollers, qui m'ont traumatisée...
je me souviens de nos chasses à l'homme avec ses copains et des fusils en Knex, dans les cours des immeubles au bout de la rue.
Je me souviens de la découverte de GTA 3, de Final Fantasy X, de la fois où j'ai lu toute la soluce de FF à voix haute pendant qu'il jouait une partie parfaite.
Je me souviens d'un jour de rentrée scolaire. Solitaire et oubliée sur un banc, nouvelle au collège, quand deux filles sont arrivées, et m'ont demandé mon nom. Je me souviens d'une amitié à trois qui a eu des hauts et des bas, avant de se transformer à deux amitiés à deux, avec moi au milieu. Puis, à une unique amitié.
Je me souviens de l'Allemagne, des larmes que je versais la première année, mal vue parmi les corres, mal dans ma peau. Et ça s'est arrangé chaque année. Je me souviens des délires dans le bus, je me souviens des amitiés nouées. Je me souviens, durant quatre années, d'avoir toujours eu les yeux secs au moment du départ. Je me souviens d'une année tellement spéciale, la dernière, où j'ai retrouvé une amie.
Je me souviens d'une soirée de juillet, tellement belle dans mes souvenirs. je me souviens d'une nuit d'août, devant mon ordi, et mes mains tremblaient. Je me souviens de ces soirées, de ces nuits, de ces jours, tellement rares et tellement courts. Des souffrances quand il partait, du bonheur de le revoir. Je me souviens de ce soir de mars, de cet appel dont le souvenir laisse encore maintenant une cicatrice brûlante.
Je me souviens du noir qui a suivi. Je me souviens d'un puits profond. Je me souviens d'une solitude à la fois forcée et voulue. D'un couteau sur mon poignet, et du vide dans ma poitrine. je me souviens de ces larmes, chaque soir étouffées dans mon oreiller.
Je me souviens d'une remontée, lente et difficile. Du coup de pouce d'un garçon qui a tant compté, durant des mois. Je me souviens qu'il a suffit d'une soirée. Je me souviens de chaque instant passé avec lui. Je me souviens de la haine qui m'a assaillie pendant une conversation msn. Je me souviens de la douleur.
je me souviens d'une dispute mortelle. De boutons supprimer : msn, skyrock, facebook. Je me souviens du seul moyen que j'ai trouvé pour guérir mon c½ur brûlé.
Je me souviens de soirées, de délires en tout genre, d'un Chippendale, d'une amie complètement arrachée mais persuadée du contraire, d'un beau couple qui se formait, de bouteilles de vodka, de rhum, de passoa, de planteur. Je me souviens d'avoir dansé pendant des heures. Je me souviens d'un garçon en transe sur Bob Sinclar. Je me souviens de larmes de joie. je me souviens d'un sourire qui m'a fait tourner la tête. Je me souviens d'un slow avec un surdoué du piano ;-).
Je me souviens d'une semaine, perdue dans les Pyrénées. Je me souviens d'une rando de quatre heures mais qui était "promis pas longue". Je me souviens avoir versé quelques larmes en y retournant cette année, juste parce que ceux que j'avais rencontré là-bas me manquaient. Je me souviens de mes bêtises, qui je l'espère n'ont pas tout gâché.
Je me souviens d'un voyage en Finlande. Je me souviens de l'excitation des régates. Je me souviens qu'on étaient pas très bons, mais qu'on s'en foutait tellement c'était génial d'être juste là, après tant de difficultés. Je me souviens des trajets mémorables sur le ferry. Je me souviens d'avoir cherché une sandale dans les orties.
Je me souviens de tellement de gens. Je me souviens de tellement de choses, trop pour toutes les raconter. Je me souviens encore de mes journées d'école au primaire et de ceux qui les ont partagées.
Et puis je me souviens. D'Arnaud et nos grandes conversations qui me manquent plus que tu ne peux l'imaginer. D'Alex, toujours présente, prête à nous faire sourire en sortant un truc complètement déplacé, de Nico, toujours indescriptible, mais qui me manque énormément. Je me souviens, de tous ceux à qui je pense tous les jours, qui me manquent plus que je ne pourrais le dire. Et puis aussi, ceux que je vois tous les jours, à qui je dis "bonjour au revoir comment ça va?", et là, c'est notre ancienne complicité qui me manque...